LEE HONG LONG DANS LE SILLAGE DE BRUCE LEE

Adepte de la technique de la Boxe Chinoise en combat réel, spécialiste du Wou Kuen Do, l’autre nom donné au Jeet Kune Do, Lee Hong Long, l’un des rares maitres de Jun Fan Gung Fu en France, se confie pour la première fois.

18 décembre 2020

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Adepte de la technique de la Boxe Chinoise en combat réel, spécialiste du Wou Kuen Do, l’autre nom donné au Jeet Kune Do, Lee Hong Long, l’un des rares maitres de Jun Fan Gung Fu en France, se confie pour la première fois.

Invaincu dans de nombreux combats officieux entre écoles et vainqueur par trois fois de la Coupe de France de Kung Fu en 1980, 1982 et 1983 en individuel et par équipes, Lee Hong Long nous a accordé une interview.

Quel âge avez-vous et quels Arts Martiaux avez-vous pratiqués ?

Je suis né en 1959, je vais donc sur 60 ans. Je m’appelle en réalité Michel Le Van. Je suis d’origine vietnamienne mais né au Laos avec une descendance chinoise en la personne de ma grand-mère cantonaise. J’ai donc trois cultures différentes. A ce propos, pour compléter votre question, il y a une tradition que j’ai respectée et qui consiste à recevoir à la naissance un nom personnel qu’on pourrait rapprocher du surnom occidental. C’est ainsi que je suis plus connu sous le nom de Lee Hong Long que l’on peut traduire par ‘‘le Dragon rouge.’’

Quels Arts Martiaux avez-vous pratiqués et à quel âge avez-vous débuté votre apprentissage ?

J’ai débuté à l’âge de 14 ans à Paris, suite à une bagarre dans mon lycée technique de mécanique générale, spécialité fraiseur-tourneur, par le Siu Lâm, mot vietnamien signifiant Shaolin. J’ai quitté cette école de Kung Fu traditionnel en 1986 pour des raisons propres après 14 années de pratique assidue.

Pourquoi vous êtes-vous tourné vers les Arts Martiaux sino-vietnamiens ?

Pour des motifs pas très louables au début puisque je voulais, comme seul élève asiatique de mon lycée, me venger de l’affront subi lors de cette bagarre que je n’avais pas provoquée et qui me révéla mes faiblesses en combat de rue. Par la suite, ma motivation changea du tout au tout avec la découverte du légendaire Bruce Lee. Bruce Lee, ça a été la révélation. Comme beaucoup de jeunes de ma génération, je voulais suivre cet exemple. Non seulement, comme lui plus tard, je fermerai mes écoles pour rejoindre les Etats-Unis mais je gagnerai aussi là-bas tous mes affrontements. C’est lui qui enfin a démultiplié ma motivation déjà très forte. J’avais en fait un immense exemple devant moi, il suffisait de m’y référer régulièrement pour comprendre dans quelle direction m’engager.

Pour l’anecdote. A l’instar de Jesse Glover qui s’était fait rosser par un duo de policiers saouls au cours d’un simple contrôle d’identité et qui décida, suite à la démonstration de Bruce Lee à la Seafair de Seattle de se rapprocher de lui et du Jun Fan Gung Fu, j’ai moi aussi croisé quelques années de pratique plus tard mon haineux agresseur.

Ces années d’âpre apprentissage m’avaient, à mon insu, insidieusement assagi et malgré sa supériorité en taille comme en poids, primauté qui n’étaient plus un problème depuis mon expérience en combat, je l’ignorai totalement. Je dois enfin ajouter cette information que j’ai découvert sur le tard. Si je suis le seul de la fratrie à m’être intéressé à l’art du combat réel, une sorte de remontée capillaire culturelle, d’atavisme se révéla à moi lorsque je découvris, la veille de sa disparition, que la mère de ma mère s’exerçait consciencieusement en secret aux Arts Martiaux, réservés uniquement, en ces temps-là, à la gente masculine et aux nobles. Ainsi, elle cherchait à efficacement se protéger, mais non sans périls, de dangereux malfrats régulièrement tentés de lui subtiliser son argent honnêtement gagné à faire passer la frontière vietnamienne à d’officiels négociants d’opium.

Comment avez-vous entendu parler de Bruce Lee, pourquoi vous êtes-vous intéressé à lui et quelles sont les raisons qui vous ont poussé à séjourner aux Etats-Unis ?

J’ai entendu parler de Bruce Lee à l’école. C’est un copain de classe qui m’en parlait tout le temps si bien que je suis allé au Hollywood Boulevard, le cinéma de René Château.  Ce même Château qui a racheté les films du Petit Dragon à André Génovès, réalisateur et producteur de cinéma français né en 1941 et décédé le 1er février 2012, qui lui n’y croyait pas. Sentant venir le vent qui lui rapportera un joli pactole, notre ex-attaché de presse de Jean-Paul Belmondo a alors réorganisé avec l’efficacité qu’on lui connaît la communication médiatique des longs métrages de Bruce Lee à travers des affiches originales devenues, de nos jours, objets de collection auprès des inconditionnels de la Star du Kung Fu.

En sortant de la projection de Big Boss, et croyez-moi j’en ai vu des films d’action asiatiques, j’ai été littéralement scotché par les performances de l’acteur artiste guerrier.

Du jamais vu, ces fluides et très simples enchainements là. De la fine dentelle. A partir de cette époque-là, convaincu que le chemin démontré par le Petit Dragon à l’écran était celui à suivre, je redoublais d’effort en augmentant considérablement la durée et la fréquence de mes entrainements et, sans en prendre sur le champ conscience, je me suis rapproché ainsi de certaines performances de Bruce que je découvrirai bien plus tard, sur le net.

Je n’avais que ses films au cinéma pour me faire une idée sur ce qu’il ressentait. A l’époque, je parle des années 70, où tout comme Pierre-Tony Di Léo qui, projectionniste dans ces années 1975-85, utilisait une caméra super 8 pour capter sur l’écran cinéma géant de sa petite ville les scènes de combat de Lee afin d’en reproduire les mouvements au mieux, je n’avais pas l’omniprésent internet d’aujourd’hui pour me familiariser aux extraordinaires techniques du Petit Dragon.

Parvenu à un moment clé de mon parcours martial, une décision s’imposa alors d’elle-même. Il fallait que j’aille apprendre ailleurs et me frotter à ceux qui de près ou de loin perpétuaient l’Art du Petit Dragon.

C’est ainsi que je débarquai aux Etats Unis en 1996, d’une part pour raccompagner ma tante, la sœur de ma mère, immigrée aux Etats-Unis suite à la guerre au Vietnam et qui s’était rendue au Danemark pour l’enterrement de ma grand-mère, et pour approcher, d’autre part, la vision qu’avaient de son Art certains passionnés, élèves américains de Bruce.

Durant la période 1973-1986, comme le Petit Dragon en son temps, je multipliais les combats officieux, tous gagnés, entre écoles avant que la FFKAMA (Fédération Française de Karaté et de Disciplines associées) devenue FFKDA puis FFK (Fédération Française de Karaté) ne me repère et ne m’invite à rejoindre leurs compétitions officielles dont celle de Pierre de Coubertin, en 1984, raflée haut la main, qui apporta à mon club une certaine notoriété. J’impressionnais par mes résultats et mon étonnante ressemblance avec Bruce Lee ne rassurait pas non plus.

Il faut préciser qu’à l’époque il n’y avait que cinq écoles de Kung fu à Paris et les compétitions de la Fédération Française de Karaté, tout comme les films de Lee, pour faire simple, provoquèrent un raz de marée d’inscrits qui bénéficia à toutes les disciplines martiales traditionnelles. Un engouement qu’une chanson rythmée, Kung Fu Fighting, symbolisa si bien.

Après mes réguliers allers-retours trimestriels initiés en 1996 et avoir fermé toutes mes écoles de l’institut Hong Long Kung Fu à Bastille, j’emménageais aux Etats-Unis en 2000. Là-bas, j’ai rencontré plusieurs fois Dan Inosanto, l’un des trois instructeurs certifiés par Bruce Lee en Jeet Kune Do, suivi différents stages chez lui et rencontré un groupe français venu à Los Angeles pour les mêmes raisons que moi. Je me suis alors inscrit à l’Academy de Jeet Kune Do de Princeton.

Durant plusieurs années j’ai pu, dans cette prestigieuse école, renforcer mes bases acquises à travers les livres du Petit Dragon beaucoup plus largement publiés là-bas auprès d’éditeurs spécialisés et chasser tous les doutes techniques relevant jusque-là de ma vision incomplète du Jeet Kune Do. Parallèlement à ces cours j’enseignais le Jeet Kune Do à un groupe d’amis au populaire et très connu Canal Street à Colombus Park Garden Avenue.

Montrant mes talents en trapping Wing Chun, en Kali, en Penchak Sila, en Savate Française et en Boxe Thaïlandaise, ma présence ne fut pas très appréciée par la communauté chinoise locale qui me le souligna amèrement, un soir de cours, en surgissant brutalement dans mon école en tenues et drapeaux coutumiers chinois pour m’extérioriser leur mécontentement.

Troublante constatation une fois encore que ce mécontentement. Ajouté à mes écoles fermées, mes cours donnés dans la rue ou en Academy comme ma frappante ressemblance et mon puissant coup de poing sans recul que j’exécutais à l’envie sans avoir conscience, à l’époque, que Bruce l’avait démontré bien avant moi-même, toutes ces similitudes avec le Petit Dragon me rapprochèrent davantage de mon modèle, une fois découverts ces mêmes exploits par Lee sur You Tube plus tard.

A votre retour en France, comment avez-vous été perçu par le milieu des Arts Martiaux ?

A mon retour des Etats-Unis en 2013, renforcé par les nouvelles connaissances apprises là-bas en Academy comme chez Dan Inosanto, il a fallu ouvrir une nouvelle école et éduquer de nouveaux élèves à la vision martiale de Bruce Lee.

Depuis quand faites-vous des stages et pourquoi ?

C’est à cette époque-là, en 2014, que je participai à un stage de Jeet Kune Do à Toulouse et j’en profitai pour atteindre Abe Santos, l’un des cinq experts à avoir reçu des mains de Taky Kimura l’enseignement originel du Petit Dragon tel que Lee le lui avait transmis dans les années soixante à Seattle.  Je l’invitai l’année suivante, en 2015, pour son premier stage à Paris et c’est lui qui déjà, en 2014, m’introduira auprès de son ami et Maitre de longue date Si Gung Taky.

Par la suite, pour mes élèves parisiens du Jun Fan Gung Fu, à partir de 2015, j’ai pris l’initiative de mettre en place deux fois par an, en alternance avec Abe Santos qui reste pour moi le lien le plus direct avec la pensée martiale de Bruce Lee, des stages avec Octavio Quintero dont le Sigung fut Jerry Poteet, un élève de Bruce Lee et Peter Nguyen élève de Ron Balicki, Yori Nakamura et de Dan Inosanto, ami de Si Jo Petit Dragon.

Personne à Paris avant moi, et je peux dire même dans toute la France, n’a pris pareille initiative et l’apport de ces événements techniques pour mes élèves ne fut pas négligeable.

Pour rappel, notre dernière prestation s’est tenue à Paris le 14 Avril 2019 et s’est externalisée pour la première fois, une initiative qui ne fut pas simple à coordonner, sur Neufchâteau, une petite ville des Vosges. Stage qui n’aurait pu se dérouler correctement sans l’apport logistique du Maire Simon Leclerc.

En quoi ces stages sont-ils différents et qu’apportent-ils au Jun Fan Gung Fu-Jeet Kune Do L’approche d’Octavio Quintero est très dynamique. Tout, chez Quintero est basé sur la vitesse d’exécution ; quand la vision du combat d’Nguyen est davantage théorique et technique, Peter ne reproduisant auprès de ses élèves que la façon dont lui-même a reçu sa formation auprès d’Inosanto.

A quelle fréquence vous entrainez-vous et quelles sont les qualités d’un bon élève ?

Jusqu’à la fin de cette saison j’officiais à Opéra, une salle privée que je loue et fréquente depuis longtemps et où je donne trois cours par semaine de Kali, de Jun Fan Gung Fu et de Jeet Kune Do. A Bastille, je ne donne qu’un cours par semaine, toujours le soir. A partir de la rentrée 2019-2020, pour des raisons personnelles, j’abandonne Bastille et son cours hebdomadaire pour me recentrer sur mes interventions à Opéra.

Quant à mes élèves, dont un noyau d’opiniâtres pratiquants a conscience de la chance qu’est la leur de s’exercer à la véritable technique de Bruce Lee, si leur niveau progresse d’une année à l’autre, l’école avec ses cinq ans d’existence est encore trop jeune pour parler, en ce qui les concerne, de pratiquants suffisamment avancés pour suivre leur propre chemin et voler de leurs propres ailes. Mais cela ne saurait tarder. J’ai confiance.

Pensez-vous écrire un livre sur votre parcours martial atypique ?

Je ne pense pas. L’idée ne m’a jamais effleuré mais qui sait ? Ce que je sais c’est qu’après 45 ans de recherches sur l’art martial en général puis celui de Bruce Lee en particulier, les choses bougent enfin. C’est une satisfaction qui couronne des efforts sincères et de longue haleine. Peut-être qu’un petit ouvrage sur ma vision du combat verra le jour avec Pierre-Tony Di Léo.

C’est vrai que ma vie a été difficile à partir du moment où je suis retourné aux Etats-Unis pour trouver confirmation, auprès d’experts et amis de Bruce Lee, des ressentis que ma sincère pratique m’a fait entrevoir très tôt.

Entre 1973 et 1984, résultat de mes nombreux combats école contre école tous remportés, j’étais devenu un phénomène. Cet aboutissement, je les dois à ma formation américaine tout comme à ma pratique personnelle dont le seul dessein était de finir par sincèrement surfer sur la connaissance et la reconnaissance de soi-même pour une efficacité au combat autrement plus percutant. En cela, je ne faisais que me couler, une fois de plus, sur les découvertes faites en son temps par Si Jo Bruce Lee.

Qui est Pierre-Tony Di Leo et comment l’avez-vous rencontré ?

Il a beaucoup d’humour. C’est un passionné de Bruce Lee qui a écrit deux ouvrages sur le plus grand artiste guerrier de tous les temps et sa vision des Arts Martiaux. Il considère que la révision mentale constante des techniques alimente des réflexes non pensés constituant l’une des clés essentielles à l’origine de l’amélioration notoire du niveau global de l’élève ; sa réflexion se confond avec celle de Lee qui révisait lui-même mentalement constamment son Kung Fu.

Quand je dis deux ouvrages, alors que le troisième et dernier verra le jour en 2021, je parle ici de romans où Bruce prend la parole pour guider pas à pas son lecteur dans les étapes d’une vie que le lecteur affronte en même temps que le Petit Dragon les découvre lui-même. En effet, si de mémoire je transcris bien ses propos, il m’a confié que l’origine de ces livres relevait de sa lassitude à parcourir des biographies du Petit Dragon ne visant qu’à raconter des faits le concernant de manière impersonnelle.

Quels sont vos projets pour développer davantage encore le Jun Fan Gung Fu en France ?

J’ai un projet qui devrait voir le jour l’année prochaine, au début du deuxième trimestre 2020. Bruce Lee avait certifié trois personnes avant de disparaitre. Ces persévérantes personnes sont Taky Kimura, Dan Inosanto et James Yimm Lee d’Oakland chez qui Bruce et Linda vécurent quelques temps. Abe Santos, agréable expert dont l’approche humaine ferait honneur à Bruce, qui fréquente Linda Lee et Taky depuis l’âge de ses 14 ans, assurera une fois encore le stage événementiel qui se déroulera à Paris tout comme à Neufchâteau.

Mais cette fois, il ne sera pas seul. Tous ceux qui connaissent le parcours du Petit Dragon savent quel rôle important a joué James Yimm Lee dans les orientations de Bruce. Et beaucoup de ces pratiquants de Jun Fan Gung Fu seront contents d’honorer de leur présence la venue du fils de James l’année prochaine.

A bientôt 95 ans, c’est un hommage que je veux rendre à ce fidèle et sérieux élève de Bruce qu’est Taky Kimura avant que ce dernier ne disparaisse comme à James, que de faire officier le  fils de Yimm Lee en compagnie d’Abe Santos.

Attention, mon intention n’a jamais été de tirer un quelconque profit de l’image de Bruce Lee, et le moment venu, sur les réseaux, prenez note de ce stage aux places limitées.

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